De l’importance des fleuves dans le processus d’émergence et le destin des États

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septembre 20, 2012 par Sororité Aryenne


par Julie Couronne

Fluvialement, il existe trois sortes de pays :

1 – Ceux aux systèmes fluviaux centripètes, où de tous côtés convergent des fleuves importants en direction d’une aire centrale
2 – Ceux aux systèmes fluviaux centrifuges, dont les fleuves sont disposés d’une façon telle qu’ils s’écoulent vers la mer dans plusieurs directions au départ d’une aire centrale, en s’éparpillant comme les rayons d’une roue.
3 – Ceux aux fleuves parallèles les uns aux autres et s’écoulant donc tous dans une même direction.

Dans le premier cas,  on n’observe aucun effet constructif sur le plan politique : l’aire centrale est souvent proches de la côte (plus rarement dans l’intérieur des terres)  et si ell acquiert toujours une grande importance, notamment comme premier port de mer du pays, les fluvialités centripètes donnent à leur région un poids exclusivement économique, sans qu’aucune tendance au développement politique ne voit le jour. Les ports de mer se situant au bout d’un réseau de fleuves particulièrement bien développés et navigables, qui converge vers un point central, à l’instar des branches d’une étoile, n’ont pas besoin de développer une puissance politique pour croître et peuvent sans exception s’adonner à leurs activités économiques. Ils peuvent négliger l’effort pénible de construire une structure étatique bien charpentée. Ces villes à l’embouchure des fleuves ne sont dès lors jamais des centres politiques, des capitales d’État, mais ne sont que des ports commerciaux de haut niveau.

En revanche, les structures politiques des deux types suivants sont profondément influencées par la disposition de leurs fleuves,  et il y a une raison fondamentale à cela.

Dans le second cas,  l’aire centrale à partir de laquelle les fleuves s’écoulent de façon plus ou moins radiale possède des intérêts dans tous les bassins de ces fleuves et cherche dès lors à ramener sous un dénominateur commun l’ensemble de ces intérêts apparemment divergents. Mais dans les pays dont les fleuves s’écoulent parallèlement les uns aux autres, il n’y a pas un intérêt commun de ce type car chaque bassin fluvial se développe selon ses propres lois économiques et, en général, ne se préoccupe que fort peu de ce qui se passe dans le bassin fluvial voisin et parallèle. Pendant longtemps, chacun de ces bassins fluviaux ne perçoit pas la nécessité de s’unir politiquement, au sein d’une structure étatique, à ces autres régions économiques, qui sont d’une nature différente de la sienne. Chaque bassin voit en l’autre un concurrent potentiel, le perçoit comme “étranger” voire comme ennemi. De ces états de choses découlent les règles suivantes :

–  Les pays disposant d’un réseau de fleuves centrifuges entretiennent en leur milieu géographique et politique un facteur de puissance centralisant de très grande ampleur et visent à administrer selon les règles d’une centralisation stricte l’État qui s’est unifié autour de ce centre.

–  Les pays disposant d’un réseau de fleuves parallèles, en revanche, accordent nettement moins d’importance à l’unification politique de ce réseau de fleuves parallèles et voient se constituer sur leur aire des États différents, poursuivant souvent des objectifs entièrement différents les uns des autres et hostiles entre eux. Et si, finalement, ces pays finissent par s’unir sous l’effet d’autres conjonctures, ils auront tendance à cultiver une pluralité d’instances et à se donner des constitutions de type fédéral ou confédéré.

Le pays le plus caractéristiques du type  à réseau fluvial centrifuge et de forme radiale est la Russie d’Europe : une grande partie de ses fleuves prennent leur source dans les hauteurs du Plateau de Valdaï, dont la situation est centrale. Et c’est là, dans cette aire centrale, que la puissance politique prépondérante de ce pays a vu le jour : le Royaume de Moscovie, qui à l’aide de ses fleuves a su projeter sa puissance dans toutes les parties de cet immense empire et a pu soumettre celles-ci à sa volonté politique . En conséquence de quoi, l’État russe, depuis l’émergence du Royaume de Moscovie au XIIIe siècle, a toujours été et est resté l’Empire le plus strictement centraliste d’Europe, tant sous les Tsars que sous les Soviets. L’aire centrale de départ de la puissance politique russe, qui a d’abord eu pour capitale Vladimir en 1170, ensuite Moscou à partir de 1328, n’a jamais été, à proprement parler, le Plateau de Valdaï lui-même, mais un site proche de lui à partir duquel la navigation fluviale était possible. En 1703, le Tsar Pierre Ier déplace la capitale à Saint-Pétersbourg, pour pouvoir donner à son empire, jusque là autarcique, une ouverture sur la politique européenne ; néanmoins, le centre culturel et véritablement russe du pays reste à Moscou, où  le pouvoir officiel revient en 1917.

Et la plupart des grands fleuves français s’écoulent également dans toutes les directions, à la façon des rayons d’une roue : c’est l’Île-de-France qui joue là le même rôle que le Plateau de Valdaï pour la Russie ; c’est à partir de cette région que prit sa source l’idée politique de l’appartenance nationale commune de tout l’espace situé entre la Meuse, le Rhône, les deux grandes mers et les Pyrénées, car comme dans le cas de la Russie le centre politique se situe le plus possible à proximité de ce centre géographique : sur le fleuve le plus accessible et le plus facilement navigable. En France, ce sera à l’endroit où la Marne, la Seine et l’Oise offraient un très bon accès aux autres fleuves importants. Nous constatons donc que l’administration très centralisée de la France fait que l’on n’exagère nullement en disant que la ville de Paris, centre culturel et politique, est à elle seule toute la France,  et nous devons également noter que les provinces ne dépendant pas de ce système fluvial central sont peuplées de minorités ethniques et linguistiques : Alsace germanique,  Nord flamand,  Ouest breton,  Sud-Est italien, Sud-Ouest basque et catalan.

Comme pays aux réseaux fluviaux parallèles, l’exemple le plus caractéristique est sans conteste  l’Allemagne du Nord : tous les fleuves principaux s’y écoulent vers le Nord ou  le Nord-Ouest. Chacun de ces bassins fluviaux constitue au départ une région économique pour soi, sans avoir d’intérêts communs avec les systèmes fluviaux voisins. Chaque partie du pays n’a au départ cultivé de l’intérêt que pour un seul fleuve, et aucune partie n’en a manifesté pour tous les fleuves à la fois. Il y a donc eu dans l’histoire allemande éparpillement des objectifs économiques, ce qui constitue la raison principale pour laquelle ethnies germaniques et  États allemands ont été pendant longtemps, et pour leur plus grand malheur, divisés.

De ce qui précède, on peut déduire que la disposition parallèle des fleuves signifie l’éparpillement des objectifs économiques et politiques. Comment l’Allemagne du Nord a-t-elle surmonté cet éparpillement initial de ses forces politiques et de ses visées économiques ? Quelle est l’instance qui a pu remplacer finalement l’aire centrale absente qui ailleurs soude les pays grâce à l’écoulement des fleuves à la façon des rayons d’une roue ? Grâce à l’État-noyau du Brandebourg qui exerçait au XVIIe siècle sa domination territoriale sur le Rhin, l’Elbe, l’Oder, la Weser, la Pregel et le Memel – par le hasard de liens du sang ou d’héritages dynastiques. Il désirait tout normalement administrer sur un mode unitaire ces pays disparates et éparpillés, afin de les lier solidement les uns aux autres. Cette politique a d’abord été poursuivie sur le plan économique, par l’organisation d’une poste de chevaux et de diligences à l’initiative du Grand Prince Électeur, partant de Clèves pour rejoindre Memel par le creusement du Canal de Müllrose, etc… et plus tard, cette unification a été politique, par l’acquisition de ponts territoriaux en 1666, 1772, 1793, 1803, 1866… processus ne s’achevant qu’en 1866 : malgré l’écoulement parallèle des fleuves, un puissant système étatique perpendiculaire à ceux-ci unit toute la plaine d’Allemagne du Nord.

C’est donc un axe Franco-Alémano-Russe, projection temporelle d’une tige raciale et païenne celto-germano-slave, qu’il faudra envisager comme épine dorsale de  l’économie de la Confédération Impériale Européenne à bâtir.
fleuve

Une réflexion sur “De l’importance des fleuves dans le processus d’émergence et le destin des États

  1. N.C dit :

    Très bon article.

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