Platon (-424 /-348) inventeur conceptuel des camps de rééducation communistes

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septembre 20, 2012 par Sororité Aryenne


par Brigid Trismegiste

 Au V° siècle avant J-C, une longue guerre fait rage en Grèce Antique : de -431 à -404, la Ligue de Délos, menée par Athènes, s’oppose à celle du Péloponnèse, sous l’hégémonie de Sparte. Des répercussions vont s’ensuivre au sein même du paradigme athénien, dont la première manifestation connue d’intolérance religieuse.

  Jusqu’alors régnait en ces terres une relative liberté de conceptions religieuses entre une mythologie populaire teintée de magie, un culte officiel aux mains du clergé des temples, et le panthéisme – quand ce n’était pas carrément de l’athéisme – de certains philosophes qui noyaient les Dieux dans la matière, leur idée essentielle étant que la seule réalité est substantielle, sous forme d’une matière (hylé) sans commencement ni fin (eau pour Thalès, air pour Anaximène, feu selon Héraclite, etc…) dont tous les êtres ne seraient que modifications. Cet hylozoïsme, qui disparaîtra bientôt, ne renaîtra vraiment qu’avec Marx sous la forme du matérialisme – même si quelques philosophes de la Renaissance comme Bernardino Telesio ou Giordano Bruno, s’en réclameront. Au VI° siècle av J-C, Xénophane de Colophon affirme que l’être éternel et absolu est le monde, lequel est un Dieu immanent qui ne se distingue en rien de la matière. Leucippe, né vers -500, et son disciple Démocrite, né quant à lui vers -460, professent que tout est composé d’atomes qui se combinent pour donner toutes les formes de l’univers, inertes ou vivantes, sans aucun principe d’organisation préétablie, et que seuls le hasard et la nécessité des rencontres président au défilé des êtres se faisant et se défaisant de toute éternité; les dieux eux-même sont atomiques et n’ont aucun rôle particulier – autant dire qu’ils n’existent pas! Car Démocrite va encore plus loin que ses prédécesseurs dans le sens du matérialisme mécaniste puisqu’il avance une explication psychologique du phénomène de la croyance religieuse : les phénomènes que la religion attribue aux Dieux ne sont que les impressions produites sur l’esprit humain par les phénomènes naturels.

 Les procès pour athéisme et impiété débuteront en -432 avec un décret adopté à la demande du devin Diopeithès, qui s’inquiète de l’importance prise par les spéculations philosophiques à Athènes : il s’agit donc d’un acte de défense d’une corporation se sentant menacée. C’est qu’en apportant des explications naturelles aux phénomènes jusqu’alors attribués à l’action des divinités, ces « intellectuels » avant l’heure ruinent le crédit des pratiques divinatoires : ainsi Anaxagore de Clazomènes, pourtant installé à Athènes depuis 30 ans, sera inquiété pour avoir affirmé que le soleil est une masse incandescente plus grande que… le Péloponnèse, et que les vents naissent d’une raréfaction de l’air par le soleil tandis que le tonnerre vient du choc des nuages et les éclairs de leur friction! Et le voilà accusé d’impiété pour avoir « cherché à percer les mystères divins » !

 La guerre qui éclate l’année suivante ne fait que renforcer cette tendance : Athènes va être en état de choc pendant 30 ans et magnifie tout ce qui peut incarner son identité et son unité. Dieux et culte local ne sont plus simplement des croyances, mais des signes d’appartenance civique. Les mettre en doute  n’est donc plus seulement être impie, mais également être traître. La religion officielle jouant le rôle de ciment patriotique et social, la contester ou la refuser met en danger le civisme des citoyens, et surtout celui des jeunes gens appelés à combattre. La rétorsion des « déviances religieuses » s’accentue. Athènes n’en sera pas moins vaincue définitivement en -405.

La répression n’en continue pas moins : en -399 Socrate est condamné à mort pour avoir – entre autres – « introduit des divinités nouvelles » en parlant de ce qu’il appelait « son démon » en ces termes : « C’est quelque chose qui a commencé dès mon enfance, une certaine voix qui, lorsqu’elle se fait entendre, me détourne de ce que j’allais faire, sans jamais me pousser à agir« . Les tribunaux de l’Inquisition n’auront rien à envier à la justice d’alors. Mais c’est avec Platon qu’un pas supplémentaire va être franchi.

Jusqu’alors, ces manifestations d’hétérodoxie religieuse n’étaient taxées que d’incivisme. Avec Platon, elles vont devenir les conceptions métaphysiques et éthiques fondamentales du Mal en soi.  Pour cela, le philosophe va opérer une rupture avec les philosophies monistes jusqu’alors prédominantes, la tradition religieuse grecque ignorant la transcendance et affirmant l’unité de la nature et du divin. A la place, il va promouvoir une conception radicalement dualiste de la réalité en postulant l’existence, hors du monde matériel, d’une monde immuable des idées, et du divin – la fameuse « allégorie de la caverne ».  Du coup, être panthéiste ou hylozoïste n’est plus seulement un signe de bêtise ou d’aveuglement, mais également de bassesse morale, dangereuse donc pour la vie sociale et politique. Et dans cette optique, Platon prône la persécution des impies.

Dans son dernier dialogue « Les Lois« (Νόμοι) il préconise une législation répressive implacable contre les incroyants chez lesquels il distingue deux cas : ceux dont la conduite est convenable et qui ne sont dangereux que par leurs idées, et les débauchés qui rejettent les dieux en raison de « leur incapacité à dominer leur jouissance et leurs passions« . Pour les premiers, il recommande un emprisonnement total de cinq ans a minima dans des « Maisons de Résipiscence » dites sophronistères où ils seront rééduqués : « Aucun citoyen » écrit-il « ne pourra avoir de relations avec eux, hormis les membres du conseil nocturne dont les rapports avec eux auront pour but de les admonester autant que de pourvoir au salut de leur âme ». A l’issue de cette période, si l’impie semble revenu à des bons sentiments, il sera alors « admis à vivre dans la société de gens de bons sens » – comprendre : les croyants. « Dans le cas contraire et s’il est une fois de plus condamné sous un semblable chef d’inculpation, la peine devra être la mort »( Les Lois, X, 909)

Pour les seconds, Platon prévoit la détention à vie dans un pénitencier sis dans « un endroit désert le plus sauvage possible et dont le nom évoque l’idée que c’est le lieu de châtiment » où, « ne recevant des geôliers d’autre nourriture que celle qu’ont prescrite les Gardiens-des-Lois » l’impie n’attendra plus que sa dernière délivrance : « Puis, quand il sera mort, son cadavre devra être rejeté, sans sépulture, hors des frontières. Dans le cas où un homme libre se mêlerait de vouloir l’ensevelir, qu’il soit, de la part de qui voudra, passible de poursuites pour crimes d’impiété »(Les Lois, X, 909)

Ces projets platoniciens ne seront jamais réalisés du vivant de leur concepteur, mais vingt-trois siècles plus tard, par les dictatures communistes du XX° siècle. Les goulags et autres laogais, ces camps de rééducation doctrinale où les détenus devaient faire leur autocritique pour abdiquer leurs valeurs et en adopter de nouvelles, en sont l’héritage conceptuel direct : la députée communiste Marie-Claude Vaillant-Couturier déclarait en 1951 : « Je considère le système pénitentiaire soviétique comme indiscutablement le plus souhaitable dans le monde entier » et dans les camps de rééducation viêt-minh de l’ex-Indochine, ce sont souvent des communistes français qui venaient reconditionner leurs propres compatriotes, tel le professeur Georges Boudarel de sinistre mémoire.

 Les correspondances entre la Weltanschauung platonicienne et les communismes du siècle dernier ne s’arrêtent d’ailleurs pas là : dans « Les Lois » toujours, Platon admet la dénonciation de certains citoyens suspects d’impiété, dénonciation qui devra être transmise à une institution secrète appelée Conseil Nocturne : composée de composé de prêtres, de gardiens-de-la-loi et de directeurs de l’éducation, elle préfigure les commissaires politiques soviétiques autant que les Gardes Rouges de la Chine maoïste en ce sens qu’elle est chargée de la coercition non seulement physique, mais également morale et intellectuelle. A la conférence de Moscou en 1918 après la prise du pouvoir par les bolcheviks, il est dit que «L’économie collective doit remplacer l’économie domestique et affranchir l’ouvrière en tant que ménagère. L’éducation et l’entretien des enfants au compte du gouvernement ouvrier (dans les crèches, jardins d’enfants, colonies, etc.), doivent supprimer les soucis matériels » : Platon prévoyait que le système de crèche et d’orphelinat sera appliqué afin que les enfants et les parents ne se reconnaissent pas. Dans la même résolution il est également dit « il n’y a pas de tâches spécifiquement féminines, distinctes des tâches communes du prolétariat, car les conditions de leur émancipation sont les mêmes que celles du prolétariat tout entier » et « chaque ouvrière doit devenir un soldat de la révolution, prêt à donner toutes ses forces pour le triomphe du prolétariat et du communisme ; par conséquent la tâche essentielle de l’ouvrière est la participation la plus active dans toutes les formes et aspects de la lutte révolutionnaire, tant sur le front qu’à l’arrière, tant par la propagande et l’agitation que par une lutte armée directe » : dans « De la République », son traité politique composé vers -332, et que Jean-Jacques Rousseau considèrera comme le  » plus beau traité d’éducation qu’on ait jamais fait « , le philosophe athénien prévoyait qu’hommes et femmes reçoivent la même éducation, soient astreints aux mêmes obligations et puissent accéder aux mêmes charges; et en effet, l’Armée Rouge de Staline sera la première force militaire à compter un nombre élevé de femmes combattantes, aussi bien dans l’armée de terre que dans l’aviation de guerre.

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