Pour un système monétaire européen souverain

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août 16, 2014 par Julie Couronne


par Julie Couronne

 

A l’heure où il est de bon ton de crier haro sur l’€uro, avant que de brûler aujourd’hui ce qu’ils adoraient hier nos pantins politiques, dont la seule doctrine consiste à élever en idéal leurs ricochets entre ces deux nouveaux vox populi et vox dei que sont le vote plébéien et la mendicité auprès des ploutocrates des subsides pour leurs campagnes électorales, seraient bien inspirés de se remémorer la genèse de cette monnaie qui nous fut, à l’aube du millénaire, présentée comme devant concurrencer le dollar, voire l’éclipser.

L’€uro dans le monde

Coquecigrue! Dès le début l’€uro partait perdant, car ne disposant point de la couverture militaire du dollar – comme le prouvèrent les conflits du Golfe, des Balkans, de l’Afghanistan. L’indubitable souveraineté militaire américaine est en outre affermie par un appareil diplomatique bien rodé, où l’on n’atermoie ni ne glose vainement, et où l’on dispose d’un savoir historique spatio-temporel assumé sans complexes, contrairement à l’anémie conceptuelle de tous les pays d’Europe, victimes de guignols politiques spirituellement déracinés en ce sens qu’ils ne se sentent plus du tout responsables d’une continuité historique, celle-ci leur étant présentée comme honteuse depuis 1945 ; cette dévalorisation de nos identités militaires mâtinée de repentance coloniale a débouché sur pléthore de capitulations et démissions, de fantaisies budgétaires, ou au contraire s’est racornie en patriotismes étroits et mesquins, toutes attitudes interdisant la naissance d’une souveraineté européenne, donc aussi d’une monnaie afférente. Et la conquête par l’Amérique de l’espace circumterrestre lui a donné un avantage énorme dans la course aux renseignements, or il est bien connu que la puissance provient de l’abondance et de la précision de ceux-ci.

Les dimensions territoriales insuffisantes des pays européens, le nombre réduit de leur population active et stable ne permettent pas la levée d’impôts suffisants pour se munir des éléments techniques susceptibles d’affirmer pareille souveraineté. Car aujourd’hui, comme hier, n’est souverain que celui qui peut décider de l’état d’urgence et de la guerre, et pour être indépendant de cette manière, il faut disposer de moyens techniques et militaires supérieurs – ou au moins égaux – à ses adversaires potentiels. Or à l’heure actuelle, ces moyens consistent en un système de surveillance électronique planétaire tel le réseau ÉCHELON capable d’intercepter toutes les communications : né du traité UKUSA (United Kingdom/United States Communications Intelligence Agreement) – et rejoint ensuite le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ces anciens dominions britanniques – ce réseau global, appuyé par des satellites artificiels, intercepte les télécopies, les communications téléphoniques, les courriels et, grâce à un puissant réseau d’ordinateurs, est capable de trier en fonction de certains termes les communications écrites et même, à partir de l’intonation de la voix, les communications orales. Rien en Europe continentale n’est en mesure de l’égaler

 

La maîtrise de l’espace circumterrestre par les puissances navales anglo-saxonnes, quant à elle, résulte d’une stratégie séculaire visant à maîtriser les res nullius, aires ainsi dénommées car n’appartenant et ne pouvant appartenir à personne car non point terrestres mais maritimes ou spatiales, mais néanmoins appropriables. La première res nullius contrôlée par l’Empire britannique fut la mer, d’où furent intraitablement éliminés Français, Espagnols, Portugais, Russes, Allemands et Japonais. Suivant la doctrine de l’amiral Alfred T.Mahan (1840-1914) historien et stratège naval américain, et de la Navy League of the United States, les Américains les supplantèrent après la Première Guerre Mondiale : en 1922 le Traité de Washington, en limitant les armements maritimes de ses cinq signataires (États-Unis, Royaume-Uni, Japon, France et Italie) assit la suprématie navale anglo-saxonne et japonaise (le Japon ne sera éliminé qu’en 1945), réduisant drastiquement les flottes française et italienne, et à néant la marine impériale allemande créée par le grand-amiral Alfred von Tirpitz. De plus, l’émergence d’une nouvelle arme, l’Aviation, entraîna alors la maîtrise d’un autre res nullius, les airs; et l’apparition conséquente d’un nouveau type de bateau, le porte-avions, permit de conjuguer maîtrise des airs et maîtrise des mers, et donc d’englober les continents – la thalassocratie étouffant la tellurocratie selon la vision d’Alexandre Douguine. Cet espace circumterrestre, conquis par la NASA, est désormais abondamment garni de satellites de télécommunications et d’observation, procurant aux puissances qui les possèdent et les guident une supériorité en matière de renseignement et de balisage des tirs balistiques. Trop de puissances ont négligé le fait que personne ne devrait s’approprier des espaces composés d’eau ou d’air, ce qui est particulièrement impardonnable à la France qui, au moment du Traité de Washington, disposait de territoires coloniaux extrêmement disséminés. Quant au Portugal qui n’y était pas, et qui fut le dernier empire colonial européen, il est manifeste que le Dr Salazar n’a après la Seconde Guerre Mondiale jamais pris la mesure de l’hégémonie que la supériorité technologique allait donner aux Etats-Unis.

 

Car il faut bien dire que nombre d’idéologies conservatrices, ancrées dans une terre et soucieuses de faire « vivre habituellement » leurs peuples, pour reprendre la formule du bon docteur, dans une confiance calmes en les règles d’un droit bien solide et précis, ont montré leurs insuffisances conceptuelles devant l’approche de Londres, Tokyo et Wall Street qui ont privilégié la mobilité incessante et la conquête de lignes de communication invisibles et non mesurables mathématiquement. Or une Europe Souveraine, Impériale, ne se peut faire qu’autour de la puissance industrielle allemande : le Führer Adolf Hitler l’avait bien compris, ainsi que les faits énoncés dans le paragraphe précédent. On sait comment cette prescience a été traitée par les gouvernants européens ses contemporains…

 

L’€uro en Europe

 

Le seul atout de l’€uro est la quantité des échanges intérieurs de l’UE :

Or si la performance économique est honorable, son défaut est bien de n’être que cela : économique; car en ne souscrivant pas aux principes d’autarcie et d’auto-suffisance, elle ne protège pas le marché par des instruments étatiques ou impériaux efficaces. De telles inconséquences conduisent tout naturellement au déclin et à l’effondrement d’une civilisation : la nôtre. Car une Europe incapable de garantir la monnaie qu’elle se donne subit un terrible déficit de souveraineté, et si elle peut devenir un colosse économique, n’en demeure pas moins un farfadet politique. Quant aux États nationaux, même les deux principaux , membres de l’Union Européenne, que sont l’Allemagne et la France, ne peuvent prétendre à l’exercice d’une souveraineté capable de résister – ne parlons même pas de vaincre – la seule puissance véritablement souveraine du monde actuel : les États-Unis d’Amérique.

 

L’histoire de notre continent possède une longue tradition de dualité monétaire; deux monnaies différentes ont déjà coexisté fort efficacement avant que l’étalon or ne soit adopté dans les années 1870 : l’Europe avait alors deux types de monnaies, l’une reposant sur l’or et l’autre sur l’argent. Chacun de ces types était utilisé dans un contexte donné, les pièces d’or de valeur élevée servant de référence lors de transactions importantes et au niveau international, les pièces d’argent de moindre valeur étant réservées aux transactions quotidiennes, et aux règlements de petits salaires et de locations. Au Moyen Âge, ces monnaies locales étaient courantes : un évêque, un seigneur féodal ou même une ville pouvaient alors battre monnaie. Plus près de nous, lors de la crise de 1929, elles réapparurent en Allemagne, en Autriche, et même en France à Lignières-en-Berry, où elles permirent la relance de l’économie locale et une diminution du chômage, jusqu’à ce qu’inquiètes de leurs succès les banques fassent pression sur les États pour les prohiber. De nous jours encore, le WIR est depuis 1934 la monnaie suisse locale échangée par 60 000 entreprises – soit près de 20 % de l’économie du pays – cette exception suisse de double monnaie participant à la stabilité et à la robustesse économiques du pays : en effet, en cas de crise les entreprises échangent plus de WIR et sont moins affectées par les diminutions des crédits.

 

Le principe de la double monnaie reposerait ici sur l’instauration d’une deuxième monnaie, interne, circulant parallèlement à l’euro. Deux monnaies coexisteraient ainsi, la monnaie locale – pour nous, le Franc – en interne, et l’euro qui pour sa part continuerait à être utilisé dans les échanges commerciaux. Pour que le système fonctionne, il suffira que les monnaies nationales soient évaluées par rapport à l’€uro d’un niveau défini par la situation financière de chaque pays d’Europe. Ce faisant, les marchés de l’emploi à l’intérieur de chaque nation redeviendraient compétitifs, puisque le coût du travail serait harmonisé à la situation financière du pays. Les produits européens d’aujourd’hui sont tout à fait vendables sur tous les marchés de la planète, mais, contrairement aux États-Unis l’Europe pâtit d’une absence d’autarcie alimentaire, seules la France, la Suède et la Hongrie pouvant plus ou moins y prétendre, et le « grenier céréalier » qu’est l’Ukraine ayant été ruiné par la gestion communiste soviétique. Créer une monnaie pour favoriser les transactions à l’intérieur de l’aire civilisationnelle européenne n’était pas une mauvaise idée, bien au contraire,

100 200mais la réalité politique actuelle rend pour l’instant l’Europe inapte à en garantir la solidité. Seul un retour à un monde où la position militaire des nations européennes sera prépondérante dans le monde pourrait la garantir : cela dépendra de la capacité des Etats d’Europe à se forger une vision stratégique et à se donner, enfin, un destin politique. Un Empire Européen purgé du déchet biologique africano-asiatique et ayant retrouvé la fierté de son passé civilisationnel reste à bâtir, et ne le sera certainement pas sous une bannière étoilée, mais bien sous un oriflamme frappé de la roue solaire aryenne!

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* L’ouverture d’une économie sur l’extérieur est mesurée par le taux d’ouverture. Taux d’ouverture = X+M / 2 / PIB x 100 ( soit X les exportations, M les importations, et PIB le Produit Intérieur Brut, à savoir la valeur totale de la production de richesses – valeur des biens et services créés moins valeur des biens et services détruits ou transformés durant le processus de production- dans un territoire au cours d’une année et par les agents économiques résidant à l’intérieur).

Une réflexion sur “Pour un système monétaire européen souverain

  1. Un pays comme la Roumanie a absolument tout pour être indépendante sur un plan agricole. Les productions agricoles allemandes ont désormais dépassé les françaises. l’Italie aussi a d’immenses atouts, et que dire de la Russie pour une majorité de produits si elle était bien gérée !

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