L’hygiène raciale dans l’Espagne franquiste

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décembre 22, 2015 par Leyla de Aragón


par Leyla de Aragón

doctor Antonio Vallejo NágeraEn Espagne franquiste, le programme d’amélioration raciale fut pressenti dès 1934 par le colonel Antonio Vallejo-Nájera Lobón, médecin militaire, qui dans son livre « Hygiène de la race et stérilisation des psychopathes » écrivait déjà : « Nous sommes parvenus nous les Espagnols à un point de notre développement historique extrêmement dangereux et délicat pour l’avenir de notre race (…) le racisme allemand – qui aujourd’hui montre la voie au concert des nations – s’est profondément préoccupé, il ne pouvait pas faire moins, des problèmes biologiques qui affectent l’amélioration de la race, polarisés sur leur aspect hygiénico-social, et se sert des grands organes de la presse médicale, ceux les plus diffusés parmi les professionnels, pour diffuser des idées nouvelles, menant toutes au même but, sans que la jeunesse soit oubliée, et dont la conséquence est de rendre obligatoire l’enseignement de l’hygiène des races, de l’eugénisme et de l’hérédité quatre heures par semaine dans toutes les facultés de médecine » . Psychiatre renommé, il estimait que le corps médical devait être l’un des vecteurs de la sauvegarde de la Nation et de la Race, ce qui l’amena quatre ans plus tard à asséner dans son ouvrage « Politique raciale de l’Etat Nouveau » qu’ « à travers la guerre, la race a trouvé l’instrument approprié pour forger les groupes de sélectionnés » et que « les héros survivants seront les régénérateurs de la race hispanique »

Appelant les dirigeants du camp nationaliste à la mise en place d’une saine politique d’hygiène raciale, notamment à travers une politique matrimoniale orientée vers les « sélectionnés ». Ainsi, affirme-t-il l’année suivante dans son nouveau livre « La folie de la guerre – psychopathologie de la guerre d’Espagne » , « L’idée de relations intimes entre le marxisme et l’infériorité mentale, déjà esquissée dans d’autres œuvres où j’envisageais cette hypothèse, a une importance politique sociale énorme, parce que si les marxistes sont génétiquement antisociaux, comme nous le pensons, la ségrégation de ces déviants dès l’enfance pourrait débarrasser la société de ce terrible fléau».

Dans le domaine de la personnalité sociale, le bon docteur décrivait le révolutionnaire-né comme une personne ayant des caractéristiques biopsychiques et des tendances instinctives, provoquées par des complexes de rancœur et de ressentiment, à perturber l’ordre social. Sous la dénomination d' »imbéciles sociaux » il englobait la « foule d’êtres incultes, maladroits, influençables, dépourvus de spontanéité et d’initiative, masse grégaire de personnes anonymes ». Des analyses psychiatriques furent donc menées dès la fin de la guerre d’Espagne sur les prisonniers des Brigades Internationales, où en dépit des différences de provenance on retrouvait cette même tendance dissolvante de l’ordre social, ce qui conduisit entre autres à la décision d’enlever leurs enfants aux familles républicaines espagnoles afin de les confier à des familles franquistes pour qu’une saine éducation annihile et corrige la part défectueuse héréditaire.

Mestre Medina Joaquin Herencia y eugenesiaTelles étaient les définitions de « Segregación » et « Hispanidad » du franquisme. Cette théorie, comme on le voit, était suspectement entachée de behaviorisme. Joaquin Mestre Medina, dans son ouvrage de 1935 « Hérédité et eugénisme », partage ce point de vue en distinguant un « eugénisme positif », reposant sur des exigences de santé mentale et physique, d’un « eugénisme négatif » qui à l’instar des lois d’alors aux Etats-Unis prohibe les mariages entre races trop différentes. Il récuse ce dernier en écrivant « L’endogamie, qui est le chemin le plus expéditif vers la consanguinité, détermine également l’augmentation des tares en constant surpassement, expliquant la dégénération classique des peuples fanatiquement refermés sur eux mêmes, et des souches et des généalogies qui ont été victimes du préjugé orgueilleux de leurs sangs ou de raisons d’État, dans les normes directrices de leur procréation » concluant par « Je pense, à moins de s’enfermer dans l’endogamie sémitique ou gitane, dont on voit les résultats, que tous les peuples ou toutes les nations disposent, au cours de leur histoire, de la race qui, à chaque moment et chronologiquement, lui correspond, produit des mélanges les plus divers et des circonstances les plus contradictoires » Ne mettre en exergue dans l’endogamie raciale que les risques dégénératifs qu’elle comporterait lui permettait de conformer l' »hispanidad » à l’histoire raciale du peuple espagnol, à l’extrême diversité des peuples ayant eu conquis et occupé la péninsule ibérique. Le métissage se trouve donc exclu de sa définition de la « dégénération d’un peuple, sa marche progressive vers l’infériorité déterminées par deux éléments : un biologique, véritable cause intime, qui est la dévalorisation continue du potentiel héréditaire, et l’autre, dans de nombreuses occasions responsables de la précédente, et toujours conjointes à celle-ci, représentées par le milieu, les coutumes, l’éducation, les caractéristiques de l’époque, les convulsions de la vie, etc… la dégénération biologique a toujours été accompagnée d’une décadence culturelle et politique »

carabinieriPar surcroît, l’universalisme catholique et sa dichotomie âme/corps s’accommodant mal du biologisme, le concept d’« hispanidad » aboutissait à une aberration raciale puisque censé représenter l’union des peuples hispanophones, autrefois colonisés, à qui l’Espagne avait amené le christianisme, et donc la civilisation. Ainsi le « dia de la raza » (Jour de la Race) , fête symbolique des 12/10 instituée dès avant le franquisme et donnée comme l’exaltation de la grandeur de l’Espagne et de son œuvre évangélisatrice dans le monde, amenait à compter dans la race historique espagnole des millions de métis de Noirs et d’Indiens…

ANTROPOLOGÍA DE LOS ESPAÑOLESN’en est que plus grand le mérite de l’excellent docteur Misael Bañuelos, professeur émérite à la faculté de médecine de l’Université de Valladolid, qui écrira en 1941 dans son « Anthropologie actuelle des Espagnols »* que « On peut trouver raisonnable la position dans laquelle se placent de nombreux racistes allemands, à vouloir protéger leur trésor de sang eurasique nordique, refusant pour cela les idées internationalistes, surtout des peuples et des races qui menacent le plus le sang allemand d’origine nordique. Les idées internationalistes conduiraient, si elles étaient indéfectiblement appliquées dans leur intégralité, à la multiplication et à la croissance des races et des sous-groupes raciaux inférieurs, qui sont ceux qui ont la plus grande fécondité, non pour des raisons naturelles car le phénomène est dû au fait qu’en obéissant aux lois de l’instinct ils se marient plus tôt et ont plus d’enfants, et en dernier recours, s’ils ne se marient pas, ils les ont en dehors du mariage ce qui fait que le résultat est toujours le même : une plus grande multiplication des groupes les moins doués »El Reichsführer y el Caudillo
et prémonitoirement en parlant des gitans « reste comme noyau parasite les tribus qui sont parvenues avec retard dans notre nation, et qui continuent encore à arriver ces dernières années, ce qui représente un danger constant de décadence raciale pour notre nation. Pour cela nos gouvernants devraient veiller à fermer les frontières du pays à cette immigration d’humanité inférieure qui ne peut donner plus que des conséquences désastreuses pour l’avenir de l’Espagne » concluant par « les problèmes raciaux sont des problèmes sérieux, en supposant que les problèmes nationaux équivalent aux problèmes de famille. Et, de la même manière qu’une famille ne se mélange pas avec une autre, malgré ses opinions religieuses, si elle sait que celle qui va se mélanger à elle n’est pas honorable ou physiquement ou moralement saine, la nation aussi doit accomplir ses devoirs primordiaux d’hygiène corporelle, mentale et raciale »

Les extraits d’« Eugenesia de la hispanidad y regeneración de la raza » lisibles en cliquant sur ce lien ayant principalement une valeur historique, je les ai laissé dans leur langue d’origine car certaines idées, ainsi que certaines tournures idiomatiques, auraient perdu leur sens traduites en français d’aujourd’hui, au vu des nombreuses et pernicieuses transformations sémantiques imposées à notre langue depuis l’après-guerre.

* « Antropología actual de los Españoles », disponible en réédition ici : http://www.libreriaeuropa.es/ficha.php?codart=ANTR

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